La Grande Troménie de Locronan a lieu tous les 6 ans. Elle doit son origine à un culte très ancien qui remonte au moins au néolithique puisque son parcours intègre un mégalithe connu sous le nom de Kazeg Vaen ou Jument de Pierre.

Suite aux travaux de Joseph Loth dans les années vingt puis de Donatien Laurent du CRBC (Centre de Recherche Bretonne et Celtique) il est en effet admis que cette marche à travers la campagne du Porzay reprend un circuit qui illustre le fonctionnement du calendrier celtique dont on sait qu’il fut mis au point par les druides.

Le nom de Nevet donné à une forêt des environs conserve d’ailleurs celui de nemeton, qui désigne le sanctuaire druidique. Des rites de fertilité ont également persisté malgré la christianisation .

C’est ce maintien par le peuple breton à travers les siècles qui est absolument remarquable. Pour Donatien Laurent c’est la christianisation qui aurait assuré la survie du rite. Pour nous c’est plutôt parce que l’Eglise n’arrivait pas à éradiquer cette pratique qu’elle l’a recouverte d’un manteau chrétien. Le personnage de Keben qui, dans la légende, lutte pour défendre les anciennes croyances contre le missionnaire Ronan est le symbole de cette résistance au christianisme. La volonté farouche des gens du Porzay s’est finalement imposée.

La Gorsedd entend perpétuer cet héritage inestimable du druidisme antique. Elle respecte naturellement le pèlerinage chrétien, chacun est libre d’interpréter à sa façon ce legs en indivis. Il y a d’ailleurs dans la Troménie une profonde expression de liberté. Chacun peut la faire à sa guise, seul ou en groupe, de jour comme de nuit, en commençant le parcours où il veut pourvu qu’il le termine au même endroit. Nul ne peut enfin s’arroger le droit de sonder les reins et les cœurs de ceux qui placent leurs pas dans ceux des générations passées.

La Gorsedd fera sa propre marche et son propre rituel, à part évidemment. Nous continuons à œuvrer dans le respect des autres convictions et de la communauté des gens du Porzay. La liberté que nous évoquions plus haut implique et intègre nécessairement pour tous la tolérance. Nous sommes, comme d’autres, engagés dans une quête du sacré, dans un voyage en nous mêmes et au delà de nous-mêmes et dans une grande communion avec la Terre et les Éléments. Certains y trouveront en outre la voie du Divin. Alors bonne Troménie 2013 à tous!